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2020-06-24T11:36:30+02:00

2ème tour des municipales à Mayenne

Publié par C. Roger
A Mayenne, Combat gauche-droite,
nouveaux contre-anciens ?
Qui pour prendre le château de Mayenne ? Trois listes s’affrontent dimanche prochain au second tour des municipales dans la troisième ville du département. Elles auraient même pu être quatre, sans le désistement de celle conduite par Jean-Claude Lavandier (14,4%).
Quel contraste par rapport à 2014, où une seule liste était présente. La liste de Josselin Chousy (LREM) qui a tout juste passé la barre de la qualification (10,39%), semble un peu déconnectée pour espérer une victoire.
Reste donc Adrien Mottais (32,34%) investi par UDI, candidat qui affirme incarner le renouveau et Jean-Pierre Le Scornet (PS) (42,44%) qui dit, lui, représenter l’expérience.


 

Réduire l’élection à Mayenne à un combat gauche-droite, pas si simple… Jean-Claude Lavandier a revendiqué haut et fort l’héritage et l’adoubement de Michel Angot, le maire sortant. Avec seulement un peu plus de 14% des voix, il a été victime du dégagisme que le maire sortant aurait certainement subi, s’il s’était représentait, tellement ses résultats électoraux précédents en étaient annonciateurs. Il aura fait un petit tour et puis s’en va.

Rappelons qu’en 2014, même avec une liste unique, il n’avait recueilli les suffrages que d’un électeur sur trois, qu’il s’était fait battre aux élections départementales l’année suivante, dans un canton pourtant taillé sur mesure pour lui et qu’il avait subi une véritable débâcle aux élections sénatoriales.

Il faut lire ou relire à ce propos l’article de Francis Decour publié dans leglob-journal où l’on peut lire « Tant le maire sortant [M. Angot], … a laissé partir le dynamisme d’une ville que son prédécesseur [Claude Leblanc] s’était pourtant, … avec brio et efficacité, éreinté à insuffler pendant six mandats…« 


Municipales Second Tour Myenne
Trois listes sont en lice dans la troisième ville du département … – © leglob-journal

Quelle cécité de la part de Jean-Claude Lavandier et de son équipe de n’avoir pu, en amont, analyser ceci, d’autant plus que ce dernier n’a fait que le dernier mandat. Il a ainsi concentré, telle une poupée Vaudou, tous les griefs de ceux, de plus en plus nombreux qui reprochaient la mauvaise gestion de Michel Angot : mise en place totalement chaotique de la collecte des déchets, ex-fonderie de Brive, un fardeau financier et environnemental ; centre-ville moribond malgré plus de 2.000.000 € investis dans les façades ; éloignement de la piscine du centre ville faisant ainsi fi de la consultation populaire ; pôle santé coûteux mais coup d’épée dans l’eau ; Mayenne troisième désert médical français ; revirement sur la troisième tranche pourtant inutile mais d’un coût faramineux de 22.000.000 € et une consommation de terres agricoles ; crises successives de feu l’association Agitato malgré les abondements financiers conséquents et successifs de la collectivité ; favoritisme à tout niveau, notamment celui de l’accès à l’emploi public avec plusieurs sanctions de la Cour d’appel et du tribunal administratif ; sur-encadrement à la mairie, source d’inefficacité… La liste est longue.

Même avec son effacement, le rôle de Jean-Claude Lavandier pourrait bien être décisif dans le résultat du second tour. Jean-Pierre Le Scornet qui a co-géré pendant deux mandats la ville avec Michel Angot, à des postes importants comme l’urbanisme, le développement durable, la culture, s’est trouvé ainsi dédouané de toutes responsabilités sur ces dossiers et a pu se présenter auprès des Mayennais comme non comptable des bilans passés. Il s’est refait une virginité.

Probablement par manque d’analyse politique et surtout d’écoute de la grogne montante des Mayennais vis-à-vis de la majorité en place, Jean-Claude Lavandier et sa liste ont servi contre leur gré de tremplin au repositionnement politique avantageux pour Jean-Pierre Le Scornet. Ils ont ainsi contribué à la construction de son image de recours possible, d’alternative crédible, incarnant le changement, voire le renouveau. A l’insu, nous ne dirons pas de leur plein gré, ils auront peut-être joué « les idiots utiles » dans cette bataille électorale. Leur abandon, en rase campagne, a été mal vécu par certains de leurs électeurs et même des colistiers.

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La liste de M. Chouzy candidat désigné par LREM, pourtant parti très tôt, n’a été présentée aux Mayennais que deux mois avant l’élection. C’est dire les difficultés rencontrées lors de sa constitution. Le soutien de LREM incarné par un déplacement de M. Castaner, pourtant en visite officielle à Laval n’aura pas suffit à faire décoller une campagne qui est restée atone de bout en bout.

Le contexte national certainement n’a pas été favorable. Mais le programme peu lisible et peu concret, parfois un peu lunaire, même s’il était qualifié d’avant-gardiste par la tête de liste est loin d’avoir soulevé l’enthousiasme des Mayennais. Mayenne 2.0, c’est le nom de la liste, et son slogan, « un avenir connecté », n’a réalisé qu’un peu plus de 10%, score très éloigné des 29% d’Emmanuel Macron à la présidentielle. Pour l’anecdote, le mauvais élève, sur les réseaux sociaux, classé par le pôle en charge des réseaux sociaux au quotidien local, a été la liste Mayenne 2.0, un avenir connecté.


L’affiche du candidat LREM Josselin Chouzy, soutenu au premier tour par le ministre de l’Intérieur venu lui rendre une visite privée alors qu’il était en déplacement officielle à Laval – © leglob-journal

Pourtant Josselin Chouzy se maintient au second tour. Ayant certainement beaucoup escompté sur son « oracle présidentiel », il a dû revoir ses ambitions sérieusement à la baisse : entrer coûte que coûte au conseil, même par la petite porte, pour préparer d’autres échéances futures. Mais un autre obstacle l’attend peut-être dimanche : le vote utile ?

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Sur le plan des idées politiques, la pelote droite-gauche a été particulièrement embrouillée, à Mayenne. Toutes les listes, se revendiquant sans étiquette, la similitude de leurs programmes en attestent avec les quatre candidats, idéologiquement très proches, ayant tous à un moment adhéré ou flirté plus ou moins ouvertement avec le parti d’Emmanuel Macron. Cela n’a pas contribué à rendre plus lisible, pour ceux qui sont attaché à ce clivage gauche-droite, l’offre politique locale. Cependant, on peut noter que les deux candidats arrivés respectivement troisième et quatrième, qui ont nettement décrochés, ont en commun d’avoir eu un positionnement de ni-ni (ni droite ni gauche), Jean-Claude Lavandier répétant que sa liste apolitique avait aussi des candidats de droite, le candidat LREM étant par essence dans le « en même temps».

Les deux candidats, arrivés nettement en tête, même s’ils cachaient plus ou moins leur appartenance politique, sont ceux qui, sur l’échiquier politique traditionnel, étaient les plus éloignés. Les Mayennais sont-ils revenus à une structuration gauche-droite de la politique, comme cela s’est produit dans de nombreuses villes ?

  • Jean-Pierre Le Scornet pour le PS : face à l’absence d’écologiste, en verdissant opportunément son programme, y compris sa profession de foi, en se démarquant ainsi, implicitement, des mandats précédents où l’écologie avait été reléguée aux rayons accessoires, a certainement le plus bénéficié de la poussée générale de fièvre verte. On sait que les écologistes votent plus, depuis toujours à gauche. Le libéralisme, par ses vues à court terme, étant peu compatible avec la lutte contre le changement climatique.
  • Adrien Mottais pour l’UDI : ce dernier ne s’est pas privé de faire intervenir tous les ténors départementaux et même la présidente de région, à l’exception notable de Yannick Favennec, pourtant longtemps pressenti, pour conduire cette liste. En choisissant le marqueur sécurité par la création notamment d’une police municipale, il a clairement affiché le positionnement sécuritaire que les électeurs de droite et encore plus de la droite-extrême attendent. Rappelons qu’au premier tour de la présidentielle, Marine Le Pen a capté plus de 15% des suffrages. Évidemment, c’est une frange d’électeurs à ne pas négliger mais qui complique l’équation pour attirer en même temps les humanistes du centre droit et gauche.

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Là ou Adrien Mottais parle d’ancienneté, Jean-Pierre Le Scornet oppose son expérience et son ancrage politique local. Normal, Adrien Mottais en manque,même s’il revendique, à juste titre son attachement affectif à Mayenne. Mais en 2015, en renonçant à être candidat aux élections départementales, obéissant ainsi aux injonctions de Messieurs Richefou et Favennec, n’a-t-il pas laissé passer une opportunité de commencer à s’installer sur Mayenne ?

Quel que soit le gagnant, dimanche prochain, Mayenne continuera avec ses apparatchiks, ses anciens collaborateurs de cabinet, ces élus qui ont toujours vécu quasi exclusivement grâce à la politique contrairement à Laval ou Château-Gontier. Et çà, ce n’est pas le nouveau monde politique que globalement attendent beaucoup de français.

Mayenne doit retrouver son dynamisme, son attractivité, inverser la courbe démographique … retrouver confiance en l’avenir, promet Adrien Mottais : « Réveiller notre ville pour en révéler tout le potentiel ». Derrière ce slogan, faute d’avoir établi, bien avant le premier tour, un diagnostic précis, d’avoir fait un inventaire, d’avoir précisément pointé la mauvaise gestion de l’équipe sortante, sur plusieurs dossiers (voir ci-dessus), celle conduite par Messieurs Angot et Le Scornet, notamment, pas sûr que les mayennais se reconnaissent majoritairement dans ce constat et cette promesse sous forme de slogan, de réveiller leur ville, d’autant que les programmes des deux adversaires sont, au final, très proches. En ce 2ème tour, M. Le Scornet accepte même sans brocher d'être qualifié d'héritier de Michel Angot.

Lors du dernier débat, Adrien Mottais a bien tenté bien de mettre Jean-Pierre Le Scornet face ses responsabilités dans le bilan des deux mandats précédents. Il lance cette petite banderille en direction du candidat PS : « Quelle est la mesure forte qui a été prise pour réenchanter le centre-ville, slogan de Jean-Pierre Le Scornet utilisé déjà en 2008, par la liste conduite par Yannick Favennec ? ». Pas sûr que cela suffise à détricoter l’image de renouveau que l’ex-secrétaire fédéral du PS en Mayenne s’est judicieusement et avec constance construite depuis deux ans, aidé en cela par Jean-Claude Lavandier dans les derniers mois. En 2017, il déclarait même, je ne suis plus un professionnel de la politique, je suis désormais … salarié comme beaucoup de français.


L’affiche d’Adrien Mottais investi par l’UDI, parti présidé en Mayenne par Olivier Richefou n°1 du Département où le candidat a été « collaborateur d’élus » il y a encore six mois – © leglob-journal

Adrien Mottais propose une déviation de la N.12, celle qui aurait dû être mise en place dès 2000. La sécurité et la tranquillité pour le centre-ville avancées, apparaissent comme des arguments pertinents. Beaucoup plus étonnant, dans son programme et dans sa bouche, est d’y retrouver les arguments de désenclavement, de développement et d’attractivité pour justifier cette nouvelle infrastructure. Ce lien, cette évidence pour beaucoup d’élus des années 70, cette corrélation clamée entre développement routier et développement économique nous renvoie aux arguments des politiques du XXème siècle. Mais de là à dire que c’est un levier pour l’attractivité, surtout pour des liaisons Est-Ouest, c’est rester avec des vieilles lunes des années 70-80 et oublier, en plus, que les flux stratégiques pour le territoire sont nord-sud.

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Et si on était passé à côté de l’essentiel ?

On a beaucoup parlé de mobilité, déviation routière ouest mais aussi mobilité douce dans Mayenne. Les mesures précédentes, certes, amélioreront le confort des usagers locaux, mais ne permettront pas de renforcer l’attractivité et d’attirer de nouveaux habitants. Et pourtant, étonnamment, alors que l’on sort de la convention citoyenne sur le climat qui met au premier plan les transports collectifs, aucun candidat n’a évoqué les liaisons extra-territoire notamment vers le sud, Laval, Angers, Nantes et même Paris. Ne dit-on pas que beaucoup d’urbains aspirent à revenir en campagne après l’épreuve du déconfinement ?

Le député mayennais Yannick Favennec estime qu’il est nécessaire de sauver … la ligne entre Laval et Mayenne. La Région est autorité organisatrice. Yannick Favennec, en tant qu’élu de la majorité, a donc un bon levier avec la présidente de la région qui soutient aussi Adrien Mottais. Ces mêmes cartes, Jean-Pierre Le Scornet les a eues aussi en main entre 2004 et 2015, puisqu’il était vice-président de la Région et en charge à Mayenne de l’urbanisme et donc de la mobilité. Cela faisait partie de ses promesses de campagne. Alors osez Messieurs les candidats, si vous voulez vraiment renfoncer l’attractivité du territoire et permettre aux Mayennais d’entrer dans une mobilité plus compatible avec la lutte contre le réchauffement climatique. Les pistes cyclable dans Mayenne, c’est bien, mais est-ce suffisant pour une mobilité plus durable ?


L’affiche du second tour de Jean-Pierre Le Scornet, ancien secrétaire de la Fédération du PS en Mayenne – © leglob-journal

Jean-Pierre Le Scornet est candidat et s’il est élu maire, il sera aussi le futur président de la communauté de communes, car Mayenne est fortement représentée à Mayenne-Communauté. La ville-centre réunit 1/3 des 36.000 habitants de la communauté. Elle est aussi le siège des principales infrastructures. L’équipe d’Adrien Mottais a fait le choix d’une direction bicéphale en la justifiant par une volonté de partage des pouvoirs. Noble intention, pour l’efficacité, il faudra voir ? Mais tout laisse à penser que cette décision résulte aussi d’un accord entre deux postulants à prendre la tête de liste après le désistement de Yannick Favennec. Au final, l’un prenant la mairie et le second la présidence de la communauté. Pour être totalement cohérent et aller jusqu’au bout, n’aurait-il pas fallu alors laisser la place à un élu hors Mayenne dans la gouvernance ? Nous resterons dans cette anomalie démocratique, tant que le législateur ne fera pas élire, au scrutin direct, les élus communautaires.

A Mayenne, Messieurs Mottais et Le Scornet débattent de sujets qui, pour la plupart, sont communautaires. Mais seuls les Mayennais vont se prononcer. Les électeurs de toutes les autres communes ne sont que spectateurs d’un scrutin qui les concerne pourtant directement. Pour pallier cette lacune, les candidats auraient été bien avisés de proposer aussi, à destination des modes de consultation plus directs, plus participatifs et fréquents au niveau communautaire.

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Une campagne fantomatique

Adrien Mottais met en avant les « seulement 437 voix » qui le séparent de Jean-Pierre Le Scornet. C’est à la fois peu et beaucoup. Cela représente, effectivement, moins de 5% des électeurs. Cependant les électeurs de Jean-Claude Lavandier seront certainement plus enclins à voter Jean-Pierre Le Scornet, à qui Michel Angot a accordé son soutien. De plus, même si, malgré le retrait d’un candidat, Josselin Chouzy égalise ses 10% du premier tour, ces voix pourraient être autant de voix manquantes à Adrien Mottais à l’heure du décompte final.

Sauf mobilisation importante de dernière heure, hautement improbable tellement le cœur n’y est pas chez les électeurs, surtout chez ceux qui se sont déjà abstenus au premier tour, après une campagne fantomatique, la liste de Jean-Pierre Le Scornet semble donc disposer d’une meilleure réserve de voix que celle d’Adrien Mottais. Si jean-Claude Lavandier pourrait bien avoir contribué à la victoire de Jean-Pierre Le Scornet, le maintien de Josselin Chouzy pourrait, lui, siphonner des voix décisives à Adrien Mottais. Mais, et c’est tout l’intérêt du suffrage universel, les élections réservent parfois des surprises ? Une chose est certaine, contrairement au mandat précédent, quel que soit le vainqueur, Mayenne aura une opposition plurielle dimanche soir ◼                                                    Retour au titre

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Ce débat d'avant second tour, sur FR3 est animé par Virginie Charbonneau. Durée de 20 mn :  ICI

Trois candidats s’affronte le dimanche 28 juin 2020, pour le second tour des élections municipales à Mayenne.

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